DIVERS

 

Basse obligée

Chauve-souris

Clous forgés

Coupe du bois

Graffitis

Hygrométrie

Pupitre

Rats

Relevage

Restauration

Séchage du bois

Signatures

Splendeur et misère des orgues corses

Tradition franciscaine

 

 

Basse obligée

Dans l'orgue corse, quelquefois, les premiers tuyaux de basse du jeu de Principale parlent au clavier même si le tirant de jeu reste fermé.

Ces tuyaux sont alimentés hors registre, en prise directe sur les gravures des notes leur correspondant.

Quelque registration que l'on conçoive, on aura toujours ces sons à cet endroit du clavier.

La raison de cette particularité n'est, ni une paresse du facteur, ni une économie poussée à l'extrême, mais une simple posture musicale, fréquente dans les orgues n'ayant pas de jeu de pédale propre.

Pour avoir une basse à la pédale, on pourrait se contenter de la tirasse (voir ce mot) obligée, rencontrée dans la presque totalité des orgues corses, et ouvrir à cet effet le jeu de Principale.

Mais ce faisant, on garde la présence du Principale sur toute l'étendue du clavier.

Et il existe des cas de registrations, où l'on désire légitimement se servir des autres jeux, sans avoir à subir nécessairement le jeu de Principale, par exemple le 4 pieds seul (Ottava ou Flauto).

Cette basse obligée permet donc de ne pas être tributaire constamment du 8 pieds.

Elle est cependant un compromis, et comme dans tout compromis, l'habileté le dispute à l'embarras. Ce dernier se réduit à l'obligation de ne pas alors atteindre, dans le jeu au clavier, la région utilisée par la basse obligée (souvent la première octave).

 

Chauve-souris

Elles salissent souvent de leurs déjections les tuyauteries des orgues, laissant des tâches blanches indélébiles.

Clous forgés

Le principe à peu près général de fixation des pièces de bois dans l'orgue ancien, quand il n'est pas l'assemblage ou le collage, est le clou forgé.

Il s'agit là d'une véritable petite merveille technique.

En effet, sa conicité naturelle assure la permanence du pressage des pièces qu'il veut réunir. Un coin serre mieux qu'un profil parallèle.

Sa section carrée diminue les risques de rotation des mêmes pièces.

Enfin sa ductilité et sa terminaison effilée permettent un retournement de sa pointe, de l'autre côté des pièces traversées, pour entrer à nouveau dans le bois et parfaire ainsi le maintien de l'assemblage.

Les têtes sont multiformes : brutes de frappe, carrées ou rondes, plates ou en taille de diamant.

Les clous qui ne traversent pas sont destinés à pouvoir être enlevés, souvent pour assurer la visite de quelques pièces cachées.

Ces clous sont alors munis de rondelles de cuir sous leurs têtes, de façon à pouvoir placer facilement une tenaille pour leur extraction.

A la remise du clou, le cuir écrasé est changé par un neuf.

C'est le cas par exemple des clous maintenant en place les chapes d'un sommier.

 

Coupe du bois

Le moment de la coupe d’un bois est décisif si l’on souhaite sa bonne conservation dans le temps.

Les exigences sont inverses suivant qu’on destine le bois à la construction ou à la cheminée, ou s’il s’agit de feuillus ou de résineux.

Construction

  • Feuillus : couper en vieille Lune. La sève est au plus faible et donnera moins de nourriture pour les vers à bois.

  • Résineux : couper en nouvelle Lune. La sève est au plus fort et donnera plus de résine, rendant le bois plus dur et résistant.

Cheminée

  • Feuillus : couper en nouvelle Lune. La sève est au plus fort et donnera plus de matière combustible.

  • Résineux : couper en vieille Lune. La sève est au plus faible et donnera moins de résine à brûler, provoquant de dangereuses étincelles et encrassant les conduits.

 

Graffitis

Les buffets des orgues corses sont le support d'innombrables témoignages écrits spontanés émanant du cœur vivant de la population villageoise locale.

Ils sont le plus souvent placés sur les parois voisinant la commande des soufflets ou des réservoirs. En effet, l'absence de ventilateur électrique imposait que le vent soit administré par un souffleur, recruté la plupart du temps parmi les jeunes gens du village.

Ces graffitis constituent une mémoire précieuse. Bien souvent lors de restaurations actuelles, il n'est pas rare de recevoir à la tribune la visite de vieilles personnes ayant déposé en leur jeune âge ces émouvants témoignages.

 

Hygrométrie

La teneur d'humidité dans l'air ambiant autour d'un orgue est plus importante que le degré de chaleur.

La trop grande sécheresse fera se rétreindre les bois et ils se fendront ou se décolleront.

La trop grande humidité les fera se gonfler, se déformer et parfois diluer la colle les assemblant.

Le bois est une matière relativement élastique, mais certaines déformations peuvent être sans retour.

Dans la variation de l'humidité, la crainte n'est pas tant son amplitude que sa vitesse.

On a vu des orgues anciennes vieilles de 400 ans, mourir en une seule heure, le jour où la paroisse inaugurait un dimanche matin à l'office, le nouveau chauffage qu'elle venait fièrement d'installer.

L'utilisation de bois à plusieurs couches collées ensemble, avec croisement du sens des fibres, judicieusement employés, permet de parer à ces dangers dans certains lieux soumis à des hygrométries agressives.

 

Pupitre

Accessoire destiné à supporter la musique écrite, devant l'organiste, à hauteur de ses yeux.

Il est confectionné en bois, soit par une seule planche aux angles droits ou ouvragés par des courbes, soit par des petits bois assemblés.

Les musiciens organistes ont une légitime préférence pour le bois plein. Ils peuvent s'y appuyer pour annoter leurs partitions.

Un rebord inférieur permet le maintien des partitions musicales.

Sa fréquente absence, ou son arrivée postérieure mal prévue le rendant souvent inconfortable, sa taille très souvent exiguë, conduisent à se demander la part exacte de la musique écrite et celle de l'improvisation dans l'histoire de l'orgue corse.

 

Rats

Prédateurs efficaces et redoutables des orgues.

Ils s'attaquent aux peaux, feutres, tissus et bois afin d'en recueillir des éléments propres à constituer les bourres de leurs nids.

Ils rongent le plomb pour affûter leurs incisives antérieures.

Certaines orgues ont payé et paient encore un lourd tribut à ces intelligents rongeurs.

 

Relevage

Intervention d'un facteur d'orgues sur un instrument, consistant en un démontage, nettoyage, réparations, remontage, réglage des mouvements et accord général.

Aucune modification n'est apportée.

A ne pas confondre avec la restauration.

 

Restauration

Intervention d'un facteur d'orgues sur un instrument, consistant à le remettre dans l'état le plus proche, tel qu'il était sorti encore intact des mains de son constructeur.

Ceci implique :

- au préalable une enquête archéologique approfondie allant à la recherche des paramètres originaux, disparus ou modifiés par la suite,

- l'utilisation des mêmes matériaux que le constructeur d'origine,

- la même façon de les employer ou transformer,

- parfois le choix difficile de garder ou non les apports postérieurs.

Rigueur patrimoniale et actualité d'un instrument de musique s'affrontent alors bien souvent.

 

Séchage du bois

Le bois, une fois coupé (si possible à la bonne Lune) et débité en planches, devra être séché.

Il ne s’agit pas là de faire disparaître son humidité mais la sève qui anime ses canaux.

Méthodes anciennes :

- A l’air. 1 an pour 1 cm pour des bois de densité moyenne. Un peu moins pour des bois peu denses. Jusqu’à 1 mm par an pour des bois très durs comme le buis !

- A l’eau. Méthode rapide quand on dispose de moins de temps. On peut garder la bille (le tronc) non débité. On le place immergé dans un cours d’eau. Plus le débit est rapide, plus vite s’effectuera le séchage.

Il faut placer la bille sous un pont, à l’abri de la lumière et le bas du tronc vers l’aval, les canaux plus gros à cet endroit, se videront plus vite dans ce sens.

Méthode moderne :

Dans des fours. On gagne ainsi une grande quantité de temps et aussi une diminution considérable de la qualité du bois.

 

Signatures

Traditionnellement le Facteur d'Orgues ne décline que rarement son identité de façon visible sur un instrument qu'il vient de construire, encore moins s'il vient de le restaurer.

Il le fait, certes, mais dans un endroit caché. Le mot de discret conviendrait d'ailleurs mieux à cette pudeur naturelle.

En Corse, il a le plus souvent signé dans la laye (voir ce mot) du sommier, en son centre, sur une pièce de papier manuscrite collée derrière les soupapes sur la planche du fond.

On y retrouve, à n'en pas douter, suffisamment de traces indélébiles de la personnalité de chacun : l'orgueil, la précision, la finesse, la naïveté, la générosité, le fantasque, la rigueur, etc.

Toutes composantes de l'âme humaine, qu'elle soit celle d'un artisan ou non.

Cette vérité émouvante a au moins le mérite quelquefois de nous aider à situer l'œuvre dans la perdition du temps qui passe et qui oublie.

 

Splendeur et misère des orgues corses

Rares sont les instruments, en Corse, qui n'ont pas subi les outrages du temps, des rats ou des hommes. Ces malheurs sont à craindre chacun d'une façon différente.

- Le temps exerce son usure lente et sûre, mais son pouvoir est moindre lorsque l'œuvre est au départ parfaite.

- Les rats sont imprévisibles et font de tout lieu délaissé un gîte de choix. Les orgues en sont un, et les peaux et le plomb des orgues corses ont payé et continuent de payer encore, pour beaucoup d'entre eux, un lourd tribut à ces hôtes, véritables prédateurs, difficiles à déloger.

- Les pires craintes sont à nourrir quant il s'agit de l'homme, plus brutal et épisodique que le temps et les rats conjugués, imposant ses caprices futiles et ses modes passagères à la vieille sagesse des orgues d'antan, modifiant avec une rapidité et une légèreté étonnante le plan premier des architectures sonores des plus beaux instruments.

 

Tradition franciscaine

De tous les ordres religieux, celui des Franciscains a le plus marqué l'histoire de la Corse.

 

Une tradition liée à cet ordre voulait que l'orgue, lorsque l'on décidait d'en construire un dans l'église conventuelle, soit placé dans le chœur de la nef, sur une tribune occupant la totalité du mur du fond.

Cette dernière était généralement constituée d'une rambarde haute, faite de panneaux à croisillons, cachant toute déambulation pour la vue de la nef mais permettant une correspondance visuelle avec le chœur.

Le chapitre prenait place directement en dessous, dans ses stalles, dans l'enclos réservé aux Frères, derrière l'autel majeur.

On retrouve cette particularité dans les orgues restées dans leurs couvents franciscains d'origine : Bunifaziu, Canari, Alisgiani, Santa Lucia di Tallà, Merusaglia (orgue remplacé par Saladini en 1857).

Quelques exceptions font occuper la même place à l'instrument mais pour d'autres raisons : Filicetu, Ruglianu, Sant'Antuninu (provient du Couvent de Marcassu).

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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