Signatures

Traditionnellement le Facteur d'Orgues ne décline que rarement son identité de façon visible sur un instrument qu'il vient de construire, encore moins s'il vient de le restaurer.

Il le fait, certes, mais dans un endroit caché. Le mot de discret conviendrait d'ailleurs mieux à cette pudeur naturelle.

En Corse, il a le plus souvent signé dans la laye, en son centre, sur une pièce de papier manuscrite collée derrière les soupapes sur la planche du fond.

D'autres fois le facteur utilise la peinture, rouge en général, celle qui sert à l'étanchéité pour le vent. Les signatures sont alors plus grossières, hâtives, sur les parois intérieures du buffet.

On y retrouve, à n'en pas douter, suffisamment de traces indélébiles de la personnalité de chacun : l'orgueil, la suffisance, le manque de soin ou de goût mais aussi la précision, la finesse, la naïveté, la générosité, le fantasque, la rigueur, etc.

Toutes composantes de l'âme humaine, qu'elle soit celle d'un artisan ou non.

Cette vérité émouvante a au moins le mérite quelquefois de nous aider à situer l'oeuvre dans la perdition du temps qui passe et qui oublie.