Ripieno

Terme signifiant littéralement plein.

Synonyme de plein-jeu en français ou de lleno en espagnol, il exprime l'essence même de l'orgue à tuyaux : l'ajout de rangs successifs à la fondamentale reconstituant et remplissant la totalité du spectre sonore d'un son.

C'est en ce sens que l'on peut parler de l'orgue comme d'un synthétiseur.

En effet, le tuyau d'orgue est, de tous les instruments de musique, celui qui émet un son le plus pauvre en harmoniques (on se souvient qu'un son est formé d'une fondamentale et d'harmoniques, voir à ce sujet le terme dans la rubrique tuyaux du lexique).

Le facteur d'orgues pallie à cette carence en construisant lui-même les rangs d'harmoniques.

En les mélangeant ensuite à la fondamentale, il recrée cette plénitude inégalable qu'est le plein-jeu ou ripieno ou lleno.

Le Ripieno n'est donc pas un jeu, mais un mélange de plusieurs autres jeux.

La composition en est immuable :

  • le Principale, fondamentale, 8 pieds

  • l'Ottava, octave, 4 pieds

  • la Decima quinta, 15ème, 2 pieds

  • la Decima nona, 19ème, 1 pied 1/3

  • la Vigesima seconda, 22ème, 1 pied

  • la Vigesima sesta, 26ème, 2/3 pied

  • la Vigesima nona, 29ème, 1/2 pied

La 29ème est le rang le plus aigu rencontré dans tous les orgues corses. Seul le grand Serassi de Santa Maria di Bastia y ajoute :

  • la Trigesima terza, 33ème, 1/3 pied

  • la Trigesima sesta, 36ème, 1/4 pied

  • la Quadragesima, 40ème, 1/6 pied

  • la Quadragesima terza, 43ème, 1/8 pied

A partir de la 19ème, ces rangs peuvent se rencontrer soit en jeux seuls, soit assemblés entre eux avec plusieurs variantes possibles. L'étiquette du jeu porte alors les noms des rangs assemblés ou celui de Ripieno ou Ripieno 1 ou Ripieno 2.

A ce propos il est interessant de constater l'évolution de ces regroupements tout au long de l'histoire de l'orgue européen.

Aux temps médiévaux, le plenum n'avait aucun registre, passé le rang de Principal qui était le seul à pouvoir être joué seul.

On a gardé le nom germanique de Blockwerk pour désigner cette disposition. L'oeuvre en bloc. Les grands instruments partaient de 20 rangs environ dans la basse pour arriver à 60 rangs environ dans le dessus, de nouveaux rangs entrant en jeu au fur et à mesure.

Le toucher du clavier était en conséquence très dur à jouer (résistance démesurée de la soupape à son ouverture). Les textes de l'époque disaient battre de l'orgue.

L'accord d'un tel univers devait être également étrange à pratiquer.

L'orgue était une grande clameur liturgique.

La Renaissance apportera la division en registres séparés. Alors que le reste de l'Europe gardera des bouquets de ces rangs (Fourniture, Cymbale), seule l'Italie les séparera jusqu'au rang unique.

Jusqu'au 19 ième siècle où elle retrouvera des assemblages (cf supra).