Réservoirs et soufflets

Une différence importante existe entre les deux qu'il faut ici expliquer.

Le soufflet cunéiforme est son propre moteur. L'intervention humaine n'est là que pour relever la table supérieure. Une fois celle-ci relâchée, elle entre seule en action dans sa redescente. Le soufflet brasse son propre vent.

Il n'y a aucun recoin de son volume intérieur qui ne contienne du vent toujours en action.

Le réservoir à tables parallèles est passif. Il reçoit de l'air de deux pompes placées sous lui, actionnées par le souffleur, et l'emmagasine de façon statique, créant ainsi une réserve d'air dans laquelle l'orgue puise à volonté.

Ce matelas d'air est ce qui fait la différence : il devient souvent une matière molle qui amortit et ne répond pas assez vite aux sollicitations parfois très vives de l'orgue dans sa consommation. Ces appels, non suivis immédiatement, créent alors une secousse appelée houpement, gênante à l'audition musicale.

Le soufflet, lui, répond toujours avec immédiateté puisqu'il est constamment en mouvement. Sa table descendra alors plus ou moins vite.

Il génère un vent à la fois plus vivant et plus fluide.

Cette sérénité est parfaitement audible lorsque, dans une restauration, on place un ventilateur électrique sur une soufflerie cunéiforme. On utilise alors un des soufflets comme réservoir, mais gardant toujours la possibilité de se servir des soufflets manuellement.

Quantité et qualité s'affrontent ainsi à travers ces deux serviteurs.

On notera aussi que l'on emploie le mot vent pour l'un et air pour l'autre.

En Corse, la fin du 19ème vit arriver peu à peu les réservoirs en remplacement des soufflets.

Les soufflets, pièces lourdes en mouvement et soumises à des forces importantes, s'usaient plus vite que les autres pièces de l'instrument. Il fallait donc plus souvent les réparer, le passage des rats accélérant cette nécessité.

L'exigence d'une quantité sonore remplaçant doucement mais inéluctablement le contentement d'un équilibre ancien, le goût musical se transformant, attiré qu'il était par le flamboiement de l'opéra grandissant, on en profita pour installer des réservoirs plus grands et meilleurs fournisseurs de ces appétits naissants.

La redécouverte de l'orgue ancien et de son équilibre perdu ou endormi a heureusement restitué les soufflets cunéiformes.

Certains facteurs ont même évincé le ventilateur bête, discipliné et bruyant, et proposé un remplaçant plus ou moins heureux au souffleur d'antan en imaginant des machines de tout type, mécanique, pneumatiques, électriques.