Harmoniser

 

Littéralement, l'art de faire vivre ensemble différentes parties hétérogènes.

Cette traduction littérale est porteuse de puissantes réalités.

Le tuyau d'orgue seul n'est rien.

L'orgue, véritable synthétiseur, propose une multiplicité de sons, venus de différents jeux et de différents endroits dans un même jeu.

Ce faisant, il va au devant de la capacité et du penchant naturel de l'oreille humaine à écouter et percevoir globalement.

L'harmonisation est donc bien l'art de laisser s'exprimer des individualités et de les amadouer intelligemment pour les rassembler et les fondre ensemble dans un projet commun, de rassembler ce qui est épars.

- Vu par le petit bout de la lorgnette, l'harmonisation désigne souvent l'intervention du facteur, au moment où il fait parler les tuyaux à la naissance ou la re-naissance d'un orgue, halo au mystère soigneusement entretenu.

- Le champ de la lorgnette augmentant, on s'apercevra que l'harmonisation commence dès les prémices de la conception d'un instrument : les choix de son emplacement dans la nef, de sa grandeur, de son tracé intérieur, des tailles et paramètres de fabrication de beaucoup de pièces intérieures et non seulement des tuyaux.

En un mot comme en cent, tout concourt à la solidarité étroite des engagements pris.

La fin du 19ème siècle et la première moitié du 20ème, époques de la naissance et du règne de la machine aux dépens du musicien, avait imposé la vision de l'harmoniste en blouse blanche, grand seigneur inatteignable, logé dans les parties hautes des étages des grands ateliers.

 

Le renouveau de l'orgue ancien à partir des années 60 s'est plus ou moins débarrassé de cette vision encombrante et inutile, au profit d'une préhension plus humble et plus directe de l'incarnation d'un son.