Epaisseur du métal

L’épaisseur du métal constituant le corps d’un tuyau doit être idéalement la plus fine possible.

Ceci afin que le son généré par la vibration de sa colonne sonore puisse se propager le plus aisément.

Ce principe étant posé, les contraintes de la matière vont grandement influer sur les choix des paramètres de la construction du tuyau.

Si la paroi est trop faible, le tuyau s’effondrera par son propre poids, ou bien le son n’arrivera pas à naître ou le fera de façon imprécise.

Si elle est trop épaisse, le son restera confiné dans le corps du tuyau et ne se propagera que mal ou peu.

Le facteur d’orgues a depuis longtemps, grâce à sa remarquable intelligence mécanique, résolu ce problème, en diminuant progressivement l’épaisseur du métal du bas du corps vers le haut de celui-ci.

Le bas du corps est l’endroit le plus faible. Non seulement le poids s’y fait sentir dans son entier, mais l’assise du corps sur le pied y est interrompue par la présence de la bouche. C’est là qu’il faudra être le plus épais.

Le haut du corps ne supporte plus rien et le facteur à besoin que le métal y soit facile à découper pour régler la longueur sonore et à fraiser lors de l’accord final. C’est là qu’il devra être le plus fin.

On se souviendra que les corps sont des rectangles plats avant d’être formés en cylindre.

Le facteur rabotera chacun de ces rectangles, qui vont former tous les corps d’un jeu, de façon progressive.

 

Une autre méthode consiste à écraser le métal, laissé à l’origine un peu épais, par un martelage régulier, maîtrisé en intensité, jointif (ne pas laisser de métal non pris par le marteau). Cette technique connue par tous les artisanats anciens du métal, permet de donner au métal un armement, une structure de maintien tout en obtenant des épaisseurs fines.

 

La machine industrielle aura tôt fait de balayer, par son rendement quantitatif froid et agressif, le raffinement de cette remarquable pensée artisanale.

En effet, on découvrira que la plaque issue de la fonderie du facteur, sur laquelle on trace et découpe les corps et les pieds à plat, pourrait être rabotée sur une machine-tambour tournante, avec un couteau automatique se déplaçant pour assurer l’épaisseur voulue, l’épaisseur la plus grande, celle du bas du corps, qu’on ne rabotera plus par la suite à la main pour la rendre dégressive.

Le goût, l’écoute, l’exigence musicale se raréfiant, ou dérivant vers d’autres valeurs, le son ancien n’aura plus cours et les rabots à métal du facteur passeront dans les vitrines des curieuses antiquités.