Enchapage

Ce terme concerne les sommiers à registres coulissant et non les sommiers à ressorts.

On se souvient (voir le terme sommier) qu'un trou de même diamètre, répété dans trois pièces, empilées l'une sur l'autre (la table fixe, le registre mobile, la chape fixe), conduit le vent lorsqu'il sort de la gravure et se dirige vers l'entrée du pied du tuyau.

Deux exigences sont alors à nourrir simultanément :

- le vent ne doit se perdre à aucun endroit lorsqu'il passe de l'une à l'autre de ces trois pièces. Il suffit pour cela de bien serrer ces trois niveaux ensemble.

- mais le registre central doit pouvoir coulisser librement et sans effort, afin d'afficher ou non son trou avec les autres.

Ces deux impératifs, on le pressent, sont contradictoires.

L'enchapage est la technique permettant de les satisfaire tous les deux.

Dans l'orgue ancien, le facteur procède ainsi :

- la table est rendue plane

- l'ensemble registres et faux-registres qui prend place par dessus, est rendu lui aussi plan

- la chape doit s'appuyer seulement sur les faux-registres, enjambant tel un pont le registre, qui coulisse alors sous elle.

Le facteur ajoute un ou plusieurs fins papiers sur les faux-registres pour surélever l'appui de la chape et permettre ainsi le coulissement du registre.

Il crée alors bien sûr une fuite. Mais, elle est très minime et négligeable.

Cette technique exige un savoir-faire de haut niveau, depuis le choix judicieux du bois utilisé pour la confection de la table, des registres et des chapes (moment de la coupe de l'arbre, conservation du bois coupé, choix de la partie du bois à extraire dans l'arbre), jusqu'au maniement de la grande varlope (grand rabot long servant à rendre planes des surfaces), en passant par l'affûtage des fers de rabot.

L'hygrométrie ambiante aura, évidemment, des conséquences sur cet enchapage.

En cas d'humidité excessive, le bois du registre gonflera, et il sera plus dur à tirer.

En cas inverse, de sècheresse excessive, le bois du registre diminuera en épaisseur. Il sera plus facile à tirer mais la quantité exacte de vent devant arriver au tuyau sera modifiée par les fuites devenues plus importantes.

Les tuyaux étant réglés au départ avec une quantité constante de vent, ils en deviendront faux.

En général, l'épaisseur des murs des églises anciennes constitue une inertie protectrice contre ces variations.

Le danger arrive lorsque l'on installe un chauffage moderne, trop efficace dans la nef, ou lorsque l'orgue est placé contre une verrière accueillant avec trop de générosité les moindres variations de cette hygrométrie.

Il existe d'autres manières d'enchaper.

On peut placer de part et d'autre du registre une matière compressible avant d'empiler le tout. Les variations d'épaisseur du registre seront absorbées par cette matière sans générer un serrage ou une lâcheté excessive dans son mouvement.

Le facteur ancien utilisait pour ce faire, de la peau collée sur la table et sur la chape. Le monde moderne lui préfère du casimir (feutre tressé).

Quelque soit la matière choisie comme intermédiaire absorbeur, son volume ou sa composition ne doivent pas constituer une hernie de détente pour le passage du vent. Ce dernier, en sortant de la gravure, doit atteindre au plus tôt et sans distraction aucune, le pied du tuyau, gardant ainsi son énergie intacte.